La cigarette électronique aide-t-elle vraiment à arrêter de fumer ?

Une chose au moins est sûre : elle est le recours le plus populaire, loin devant les substituts nicotiniques, la consultation d'un professionnel de santé ou les médicaments. Selon une étude publiée en mai 2018 par Santé publique France à partir des données du Baromètre santé 2017, 26,9 % des fumeurs qui avaient essayé d'arrêter le tabac au cours du dernier trimestre 2016 s'étaient aidés de la cigarette électronique. C'est 8,6 points de plus que pour les substituts nicotiniques, deuxième aide la plus sollicitée.

Mais cela ne dit pas si les fumeurs ont réussi à se sevrer grâce à elle. “ Quand on se concentre sur ceux qui ont réussi à arrêter de fumer grâce à la cigarette électronique, on introduit un biais et on oublie tous ceux qui l'ont essayée, mais qui, pour diverses raisons, ne sont pas parvenus à arrêter le tabac grâce à elle ”, souligne Ivan Berlin, médecin tabacologue à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris. Pour prouver que la cigarette électronique aide vraiment à se sevrer du tabac, il faut donc réaliser des essais cliniques “randomisés”, c'est-à-dire constitués de deux groupes de fumeurs souhaitant arrêter, avec un groupe auquel on fournit des cigarettes électroniques et un deuxième groupe qui reçoit un placebo (cigarette électronique sans nicotine, par exemple) ou un autre type de produit d'aide au sevrage (patchs, gommes à mâcher, médicaments, etc.). Or, de telles études se comptent sur les doigts d'une seule main. Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) considère néanmoins depuis 2016 que la cigarette électronique constitue “ un outil d'aide à l'arrêt du tabac chez les populations désireuses de sortir du tabagisme” . Ce qu'est venue confirmer une étude publiée en janvier 2019 par l'équipe de Peter Hajek, de l'université Queen Mary à Londres.

Celle-ci a montré qu'au bout d'un an, 18 % des utilisateurs d'e-cigarettes avaient arrêté le tabac, contre seulement 9,9 % de ceux sous substituts nicotiniques.  Plusieurs raisons pourraient expliquer la supériorité de la cigarette électronique sur les substituts nicotiniques, avance Peter Hajek. D'abord, la façon dont elle libère la nicotine dans l'organisme : comme pour la cigarette, et à l'inverse des patchs et des gommes, elle pénètre par les poumons. Par ailleurs, la cigarette électronique permet de conserver certaines sensations, comme le fait d'avoir un objet dans la main ou d'inhaler quelque chose qui ressemble à de la fumée. ”

Pas de solution miracle

 Cette étude est la première à apporter la preuve de l'efficacité de la cigarette électronique de deuxième génération dans le sevrage tabagique ”, salue Jean-François Etter, professeur en santé publique à l'université de Genève. Mais elle montre aussi qu'elle ne constitue pas la solution miracle : 82 % des utilisateurs de vapoteuse n'ont pas abandonné le tabac.  Lorsqu'on tente d'arrêter de fumer sans aucune aide, les chances d'y parvenir sont de 3 à 5 % et on savait que les meilleures interventions multiplient au mieux par 1,5 à 2,5 ces chances. On ne pouvait donc pas s' attendre à un chiffre très supérieur avec la cigarette électronique ”, justifie Jean-François Etter.

Certains souligneront que, parmi ceux qui ne sont pas parvenus à arrêter totalement de fumer dans cet essai clinique, un plus grand nombre d'utilisateurs d'e-cigarettes ont tout de même réduit de moitié leur consommation de tabac (12,8 %, contre seulement 7,4 % dans le groupe utilisateur de substituts nicotiniques). Une demi-victoire ? Plutôt une étape, avertit Nicolas Simon, médecin addictologue au CHU de Marseille et président de l'Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa) : “ Les risques liés au tabac sont certes en partie dus à la quantité de cigarettes fumées, mais aussi, et surtout, à la durée d'exposition au tabac, c'est-à-dire au nombre d'années pendant lesquelles une personne aura fumé.

Quand la cigarette électronique permet uniquement de réduire sa consommation de tabac, on ne réduit pas sa durée d'exposition. Cela doit donc être uniquement une étape avant l'arrêt total. Mais si la cigarette électronique permet de franchir cette étape, alors pourquoi pas ? ” D'autres questions restent cependant en suspens : la cigarette électronique n'a-t-elle pas un simple effet placebo ? Est-elle efficace sans le soutien de cliniciens tabacologues ? Ces résultats sont-ils applicables en France où la cigarette électronique ne fait pas l'objet de publicité, contrairement à ce qui se passe en Angleterre ? Quid de la comparaison avec d'autres aides au sevrage tabagique ? Pour y répondre, un nouvel essai clinique, débuté fin 2018 par l'équipe d'Ivan Berlin, compare l'efficacité de la vapoteuse et de la varénicline, un médicament d'aide à l'arrêt du tabac disponible sous prescription médicale. Résultats attendus pour fin 2021 !

Est-elle moins nocive que le tabac ?

Pour la plupart des tabacologues, cela ne fait aucun doute : lorsqu'elle est correctement utilisée et qu'elle répond aux normes en vigueur, la cigarette électronique est beaucoup moins dangereuse que le tabac. On réduit donc ses risques en passant de la cigarette à l'e- cigarette. “ Le problème, dans la cigarette, ce n'est pas la nicotine, mais la combustion. En l'absence de combustion, la cigarette électronique libère beaucoup moins de substances nocives ”, résume Jean-François Etter, à l'université de Genève.

Quant aux e-liquides, le Haut Conseil de la santé publique considère qu'ils présentent un “ faible niveau de toxicité ”. Mais l'institution reconnaît que des études supplémentaires seront nécessaires, d'autant que les travaux disponibles n'ont pour la plupart été réalisés que sur l'animal. Reste le risque - non démontré -que le vapotage qui se répand chez les plus jeunes les incite à se tourner ensuite vers le tabac.

D'après Science & Vie Questions Réponses n°39.